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Les rochers sculptés de Rothéneuf , Saint-Malo

Au XIXe siècle, dans la nouvelle station balnéaire de Rothéneuf, un musée étonnant attire les visiteurs. L’ermitage de l’abbé Fouré surplombe la grève et les œuvres de celui que l’on nomme «l’ermite de Rothéneuf» sont sculptées à même les rochers qui descendent vers la mer !

Saluée par les journaux locaux et parisiens comme une œuvre d’art primitif et symbolique, cette exposition permanente en constante évolution est un but d’excursion incontournable pour les touristes en vacances sur la Côte d’Émeraude.

L’abbé Fouré nait à Saint-Thual, dans le canton de Tinténiac, le 7 mars 1839. Adolescent, il est envoyé au Petit Séminaire de Saint-Méen. Puis il entre au Grand Séminaire de Rennes. Ordonné prêtre en 1863, il exerce comme vicaire dans différents diocèses avant d’être nommé recteur de Paimpont.

Grand pêcheur et intrépide chasseur épris de la vie contemplative, il aime s’égarer dans les mystères de l’étrange forêt de Brocéliande. Le domaine de Merlin l’enchanteur, de la fée Viviane et du Val -sans-retour, le paradis breton des fées, des chevaliers de la Table Ronde et du Roi Arthur forge l’imaginaire du futur sculpteur de Rothéneuf.

Gustave Doré - illustrations tirées de "idylls of the king"

En octobre 1893, l’âge venant, l’abbé frappé de surdité et d’une paralysie de la langue songe à prendre sa retraite. Sur les conseils du recteur de Rothéneuf, il s’établit dans la commune. Désormais, ce ne sera plus la vision de la légendaire Brocéliande, ce sera la vision de la mer qui charmera l’âme rêveuse du vieux prêtre breton.

Quelle émotion quand pour la première fois, il contemple l’admirable site que domine la Pointe de La Haie. Le soir tombant, il remarque que les rochers découpant leurs silhouettes aux tons mauves, dans les teintes orangées du couchant prennent des formes étranges. Celui-ci devient un monstre fabuleux, cet autre, un reptile fantastique. Dans ses courses au fond des bois et des chemins creux, il avait fait déjà la même observation, se plaisant à deviner tout un monde mystérieux, dans les silhouettes des arbres et les replis de leurs séculaires racines, se tordant comme des couleuvres sur le bord des fossés.

Profiter des contours d’un rocher et des sinuosités d’une branche, ou donner le coup de pouce pour faire naître du granit ou du chêne l’œuvre ébauchée par la nature : tel fut le style de l’ermite de Rothéneuf. Ce fut pour tromper sa solitude et son désœuvrement, qu’il se mit au travail, fouillant de son ciseau le roc et le granit. Jamais il n’avait eu ni leçons ni conseils, et ses instruments étaient rudimentaires.

« Voici les rochers sculptés. Les sujets se pressent, se tassent, se bousculent. C’est là aspergé par les embruns et secoué par les vagues, un art primitif, étrange qui rappelle les grimaçantes silhouettes des gargouilles moyenâgeuses. Dominant le tout, un haut calvaire bénit cet étonnant musée de pierre. »  La vie de l’ermite de Rothéneuf : l’abbé Fouré - Eugène Herpin

L’œuvre de l’abbé Fouré relate en partie l’histoire romancée des "Rothéneuf", une famille de corsaires, pêcheurs et contrebandiers du littoral breton ayant choisi au XVIe siècle, les dunes et pointes entourant les rochers de Rothéneuf comme base de ralliement.

Chasseurs, pêcheurs et contrebandiers, les Rothéneuf planifiaient d’étendre leur domination sur ceux étrangers à leur fief. Leur vue perçante et leur finesse d’ouïe asseyaient leur supériorité. Ils la tenaient d’ablution à base d’eau ferrugineuse séjournant à basse-mer dans les failles au pied de la falaise.

Durant un siècle, les Rothéneuf dominèrent la côte par leur intrépidité et leur mépris du danger gagnant le respect des grands trafiquants du port de Saint-Malo. Les luttes soutenues au large, contre les îles anglo-normandes formèrent un noyau de marins alliés autour des Rothéneuf.

Le clan construisit une flotte de caravelles et de caraques lui servant d’habitations, de magasins et d’entrepôts. Jovial et adroit à l’abordage, il traitait, payait, écoulait, troquait et s’octroyait le monopole du trafic d’armes.

Peu à peu, après d’innombrables luttes et désaccords, les Rothéneuf imposèrent l’entente aux villages d’alentours et aux châtelains descendants des connétables de Dinan et de Saint-Malo. Tous s’accordèrent sous la protection de Saint Budoc, qu’invoquait Jacques Cartier lors de ces grandes expéditions. Le prestige et la fortune des Rothéneuf étaient enviés et respectés quand survint la grande tourmente de la révolution.

Les Rothéneuf et les descendants des premiers membres du groupe s’allièrent aux chouans alors que les éléments révolutionnaires semaient la division dans la tribu. Sur mer, sur terre, les luttes fratricides, violentes et sanguinaires ne tardèrent pas à la démembrer en d’atroces carnages qui attirèrent de hideux monstres marins inconnus de ces régions. L’un d’eux happa le dernier des Rothéneuf et l’engloutit dans son énorme gueule béante aux dents-de-scie.

La sculpture monumentale créée par le sculpteur est une galerie de portraits représentant les membres du clan de sa création au XVIe siècle jusqu’à sa dramatique dislocation à la révolution.

Les visiteurs du site redécouvrent les protagonistes de cet épisode historique qui fit naître Rothéneuf.

Article tiré du livre "Voyageurs d'hier, Paris - Bretagne - Normandie" 
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