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Le tramway Saint-Malo / Cancale

tramway Saint-Malo Cancale

Alors que les habitants et estivants de Saint-Malo, Paramé et Rothéneuf ont déjà leur tramway, Cancale, arrière-pays malouin, en est encore réduit à la voiture à cheval.

La création d’une nouvelle ligne doit venir combler celle lacune et désenclaver l’actif port de Cancale situé à une quinzaine de kilomètres de la cité malouine.

L’établissement du tramway Saint-Malo — Paramé — Cancale décidé en 1897 rattache bientôt le petit port à la vie mondaine qui fait si joyeusement irruption l’été sur la côte d’Émeraude. L’engin va sillonner rapidement et à peu de frais le parcours qui domine la mer et les plages.

tramway Cancale

Son inauguration le 3 août 1898 est un événement très attendu. Dès 10 heures du matin, le train enguirlandé et couvert de drapeaux vient se placer derrière l’aubette de la porte Saint-Vincent à Saint-Malo où le conseil d’administration et le directeur des Tramways bretons reçoivent leurs nombreux invités. À Cancale, le convoi est reçu par le maire entouré de son conseil municipal.

Outre les paysages époustouflants qu’offre la baie de Cancale, la ville tient en grande partie sa réputation de ses huîtres. Elle devient l’étape gastronomique incontournable des excursions organisées sur la côte. 

les huitres de Cancale

Le tramway ramène de Saint-Malo les voyageurs des trains de Paris et de Rennes. Par la pointe du Grouin, les randonneurs, arrivent à pied ou à vélo par le chemin des douaniers qui longe la côte depuis le Cap Fréhel. Les passagers des bateaux à vapeur, affrétés par les Chemins de Fer de l’Ouest pour les croisières vers Jersey et Chausey, font escale sur la houle.

Pour héberger tous ces voyageurs, l’hôtel de l’Europe et l’hôtel de France ouvrent à deux pas du tramway. Tout comme l’hôtel Duguesclin situé près du môle, ces hôtels au confort moderne avec vue de mer ne désemplissent pas de la saison.

restaurant Cancale

La restauration, l’hôtellerie et le tourisme donnent un nouveau souffle à l’économie de la ville où les commerces fleurissent. Cependant, les Cancalais sont moins attachés au gain qu’à la morale et aux traditions et ces pêcheurs au caractère bien trempé n’entendent pas céder leur identité à l’influence des nouveaux venus.

LES PROTESTANTS À CANCALE

Journal, Le Dimanche, Numéro du 8 avril 1893

« Des ministres méthodistes anglais ont essayé, depuis quelque temps, de prêcher les doctrines de leur secte dans des conférences données à Cancale. La population cancalaise, dont on connait la foi ardente, blessée d’entendre les prédicants anglais attaquer la Très Sainte Vierge et parler contre l’indissolubilité du mariage catholique, a voulu protester contre les doctrines aussi subversives de ses mœurs et de sa foi.

Deux mille personnes ont parcouru les rues de Cancale en chantant l’ave Maria Stella et des cantiques. La police ayant cru devoir intervenir, pour faire cesser des cris qu’elle considérait comme injurieux pour les protestants anglais, une bagarre s’en est suivie. Le peuple ne cessait de crier : vive la religion catholique ! À bas les protestants !

Cancale

Quelques honorables personnes ont été arrêtées et poursuivies par M.le juge de paix de Cancale. L’affaire est jugée le mardi 31 janvier. Maitre Ilari, avocat à la cour d’appel de Rennes, plaidait pour les prévenus. Voici un passage de son éloquente plaidoirie : “En arrivant ici ce matin, a-t-il dit, on m’a parlé d’une pierre de l’ancienne église que les habitants de Cancale vénèrent à l’égal d’une relique. Cette pierre, où se voient encore les marques des boulets anglais, leur rappelle encore la vieille haine qui règne depuis si longtemps entre les deux races et que rien ne pourra éteindre. La population de Cancale est une population de matelots, une population vaillante qui ne peut pas aimer les Anglais.

Terre-neuve

Quand ils s’en vont là-bas sur les bancs de Terre-Neuve, lutter contre les flots, essayer, au prix de mille dangers, d’arracher à la mer le pain de leurs familles, souvent il arrive que des Anglais, au mépris des plus saintes lois de l’humanité, coupent en deux leurs fragiles embarcations et les laissent mourir sans secours et sans consolation. 

Et bien, ce sont ces mêmes Anglais qui ont l’audace de venir insulter la catholique population de Cancale !”

Voyageurs d'hier

Tiré du livre "Voyageurs d'hier, Paris - Bretagne - Normandie"