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L'HISTOIRE DU MARQUIS DE TOMBELAINE - Mont Saint-Michel

Le Rocher de Tombelaine 

Le rocher de Tombelaine - Mont Saint-Michel

« Il est impressionnant, ce rocher sauvage, avec son front chauve et ses flancs broussailleux, sur lesquels court régulière et noirâtre la laisse des eaux. Tombelaine fut, paraît-il, dans la préhistoire, le siège d’un collège de druidesses de très petite vertu, s’il faut en croire les pudibonds chroniqueurs du Mont-Saint-Michel.

Elles furent, remplacées par de pieux solitaires ; et, à partir du XIIIe siècle, par des soldats. Philippe-Auguste y construisit un fortin. Plus tard, les Anglais s’en emparèrent et y élevèrent une citadelle. Il n’en reste, aujourd’hui, aucune trace.

Là où, jadis, le capitaine anglais, comte de Suffolk, guettait les chevaliers du Mont-Saint-Michel, les jeunes lapins, gravement assis sur leurs petits derrières, broutent le doux serpolet, tandis que de frileux lézards se chauffent au soleil parmi les herbes sèches. »

Les légendes du Mont-Saint-Michel - Etienne Dupont

tombelaine - mont saint-michel

Les campagnes photographiques des frères Neurdein

frères Neurdein au Mont Saint-Michel

Sous le  Second Empire, Louis-Antonin Neurdein, sillonne la France, la Belgique ou l’Angleterre pour prendre des clichés destinés à être vendus aux voyageurs. Signées « ND» ou «ND Phot.», ces photographies sont éditées sous forme d’albums ou de cartes postales.

En 1879, lorsque le Mont-Saint-Michel est rendu plus facilement accessible par la digue, Neurdein est parmi les premiers visiteurs.

Il vient prendre une série de photos pour le catalogue des monuments historiques lorsqu’il fait la rencontre de Joseph-Marie Gauthier dit Jean le Déluge.

Breton des environs de Saint-Brieuc, l’homme avait pris le large pour échapper à quelques démêlés judiciaires. Après une nuit au poste de police, il avait quitté la Bretagne pour s’improviser pêcheur et guide dans la Baie du Mont-Saint-Michel où le tourisme se développait.

Séduit par son charisme, le photographe le rebaptise « Marquis de Tombelaine » et en fait un personnage iconographique : un aristocrate vagabond, pêcheur et guide vivant sur le rocher de Tombelaine. Ce portrait romanesque et folklorique mis en scène par Neurdein confère au Marquis une notoriété comparable à celle de la mère Poulard.

marquis de Tombelaine

« De nos jours, Tombelaine a eu un regain de popularité ; il la doit à un pauvre diable que la presse parisienne a élevé au marquisat. La carte postale et la carte album ont popularisé ce vagabond qui s’installa, vers 1875, dans une cabane de l’îlot.

Tantôt, il figure sur la digue, au premier plan, fièrement campé. Tantôt, il serre dans ses bras un grand filet, appelé bichette. Quelquefois, son buste seul est pris, son torse est vigoureux, sa grosse tête est embroussaillée de longs cheveux.

Jean de TombeIaine est très sot ; ses grands yeux bleu clair n’ont aucune expression. Il raconte de stupides histoires et même il vous fait part, avec une imperturbable bêtise, de ses bonnes fortunes avec les grandes artistes des théâtres de Paris.

Il prétend même qu’une illustre tragédienne l’aurait embrassé dans le cou, alors qu’il la portait sur son dos pour traverser un relais de mer au cours d’une promenade autour du Mont-Saint-Michel.»

Les légendes du Mont-Saint-Michel  - Etienne Dupont

 

Amédée Maquaire

Amédée Maquaire est à cette époque le propriétaire du Musée du Mont du Mont-Saint-Michel. Il souhaite attirer les touristes sur le site et les encourager à visiter l’exubérante exposition faite d’objets hétéroclites qu’il y présente.

Distributeur des cycles Sécuritas à Paris, Amédée Maquaire est très impliqué dans le développement du cyclisme, du loisir et du tourisme. Membre de l’Union vélocipédique de France, de la Société d’encouragement de la vélocipédie en France ou du Cyclists Touring club, il est auteur de plusieurs livrets consacrés au vélo.

Amédée Maquaire

En 1887, il fait éditer le « Traité pratique de vélocipédie ». Destiné aux débutants et aux amateurs, le livre regroupe un historique, des conseils techniques, des promenades et des voyages ainsi qu’une sélection des meilleures machines.

L’impact du guide sur la vente de cycle et l’engouement des voyageurs pour les randonnées à vélo lui inspire l’écriture d’un livret de promotion du Mont-Saint-Michel. «Le Mont-Saint-Michel et ses Merveilles» est un manuel touristique illustré édité pour la première fois en 1889 par le musée du Mont. Il mêle allègrement histoire, fiction, publicité et renseignements aux voyageurs et profite de la célébrité d’un auteur emblématique du lieu, l’ermite de Tombelaine !

Le succès du guide est au rendez-vous et pour conserver légalement à l’ouvrage la notoriété que lui assure le titre du marquis, Maquaire lui rachète ce titre de noblesse.

livre mont saint-michel

La mort de Jean le Déluge, enseveli dans les sables de la baie trois ans plus tard, contribuera à entourer le personnage d’une aura mystérieuse et romantique. Auréolé de sa célébrité « Le Mont-Saint-Michel et ses Merveilles » fut l’objet d’une quarantaine de rééditions jusqu’à 1935.

« Souvent, surpris par la marée, il s’en sortait grâce à ses capacités physiques hors normes. Mais le 30 mars 1892, cette fois-ci, la grève triompha définitivement. Il avait bu, il se mit à nager 2,3 km puis une congestion le priva de ses forces, tout près de la côte. Le lendemain, la mer consentit à rendre le colosse au visage noir et au corps sans vie. Ainsi prit fin à 39 ans l’existence du marquis de Tombelaine. » 

Les légendes du Mont-Saint-Michel  - Etienne Dupont

Article tiré du livre "Voyageurs d'hier, Paris - Bretagne - Normandie"